Sarkozy à Berlin le 9 novembre 1989 : la photo qui sème le doute
Polémique
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Publié le 10 novembre 2009 à 20h09.
Actualisé le 11 novembre 2009 à 02h27.
EXCLUSIF. François Fillon et Jean-Yves Le Drian étaient à Berlin en novembre 1989. En témoigne ce cliché réalisé par un lecteur du Mensuel entre le 16 et le 17 novembre. Une date qui remet en cause la version de Nicolas Sarkozy, qui assure s'être rendu à Berlin dès le 9 au soir... et y avoir croisé l'actuel premier ministre.
Nicolas Sarkozy et François Fillon se trouvaient-ils à Berlin le 9 novembre lors de la chute du mur ? Voilà deux jours que cette question agite la sphère politico-médiatique, depuis que le président de la République a confié, sur sa page Facebook, s'être rendu à Berlin « dès le 9 novembre 1989, aussitôt la nouvelle de la chute du mur connue ». Une version démentie par la presse et par plusieurs témoins, mais confirmée par François Fillon.
Le 9 ou le 16 novembre ?
Le premier ministre assure avoir croisé Alain Juppé à Berlin, « accompagné de Nicolas Sarkozy et de Philippe Martel, dans la nuit (du 8 au 9, NDLR), vers 23 h entre la porte de Brandbourg et Checkpoint Charlie ». Sur son blog, François Fillon précise aussi avoir effectué le déplacement avec « d'autres parlementaires dont Jean-Yves Le Drian, le président de la région Bretagne ». Objectif de la visite : participer à « un colloque organisé par l'Université libre de Berlin (Freie Universität) et l'Institut des relations internationales de RDA sur les relations Est-Ouest ». « Nous avons passé tout l'après-midi et toute la soirée à assister aux premières grandes manifestations autour du mur », indique François Fillon.
Ce mercredi, un fidèle lecteur du Mensuel a transmis une photo de l'actuel premier ministre, en compagnie du socialiste Jean-Yves Le Drian, devant le mur de Berlin en 1989 (voir photo). Le cliché atteste de la présence des deux hommes dans la ville. A-t-il été pris le 9 novembre ? « Impossible. Notre séjour s'est étalé du 16 au 17 novembre », assure l'auteur du cliché, billet d'avion à l'appui. Une date corroborée, notamment, par un article du Figaro daté du samedi 18 novembre 1989. Titré « Juppé : Solidarité avec l'Est », il indique que le futur maire de Bordeaux s'est rendu à Berlin « dans la nuit du jeudi au vendredi » (du 16 au 17 novembre donc...). Conclusion : si François Fillon n'était pas à Berlin avant le 16 novembre, comment aurait-il pu y croiser Nicolas Sarkozy le 9 ?
Le Drian s'emmêle aussi les pinceaux
Quels sont les souvenirs de Jean-Yves Le Drian ? Contacté ce mercredi lors d'un déplacement à Fribourg, le président de la région Bretagne a d'abord affirmé avoir été présent à Berlin « le 9 et le 10 novembre », en compagnie de François Fillon en qualité de « député membre de la commission de la défense à l'Assemblée nationale ». « Nous nous y sommes rendus pour une visite de deux jours afin d'assister à une réunion sur des questions militaires, je l'ai d'ailleurs indiqué à vos collègues (de France Info, NDLR). Je ne me souviens plus du thème exact de cette réunion, cela fait vingt ans. Tout ce que je peux vous dire c'est que notre présence n'était pas liée à l'actualité du mur... mais nous nous sommes retrouvés en plein dedans. »
Le président Le Drian est-il sûr de la date avancée ? Après quelques secondes de réflexions : « Non, je ne suis pas sûr de la date. Cela fait vingt ans. Cela aurait aussi pu être le 10, le 12, voir le 16 (novembre, NDLR)... Mes agendas personnels sont restés chez moi et là, je suis en Allemagne. A ce moment-là, le mur était toujours debout, on pouvait s'approcher, le toucher ou écrire des choses dessus. » La délégation a-t-elle croisé Nicolas Sarkozy et Alain Juppé ? « Je n'ai pas croisé Nicolas Sarkozy. Je sais juste que François Fillon s'est absenté pour rejoindre quelques amis politiques. Il n'est donc pas exclu qu'il ait vu Nicolas Sarkozy à ce moment-là. » Jean-Yves Le Drian rejoint le futur premier ministre sur un point : « Lors de la soirée, nous nous sommes rendus à l'est en franchissant Checkpoint Charlie. Il me semble même que nous avons dîné dans Berlin est », indique-t-il avant de préciser, comme le premier ministre, qu'il garde un souvenir ému de cette virée berlinoise. « C'était un moment inouï. »
K.T.